À l’Université Centrale du Venezuela (UCV), une équipe multidisciplinaire a conçu le premier exosquelette entièrement fabriqué dans le pays. Derrière ce projet révolutionnaire se trouve la professeure Milvia Acosta — et une liste d’attente de 17 000 patients.
Jusqu’à présent, assembler un exosquelette ou une prothèse au Venezuela nécessitait l’importation de pièces depuis l’Allemagne, les États-Unis ou le Brésil — un coût inaccessible pour la majorité des patients. Le Centre National de Réhabilitation, qui accueille des patients venant de toutes les régions du pays, ne disposait que de deux dispositifs pour l’ensemble de ses bénéficiaires.
C’est cette réalité qui a poussé la professeure Milvia Acosta, directrice du Service d’orientation de la Faculté d’ingénierie de l’UCV, à lancer le projet « L’ingéniosité au service des personnes en situation de handicap musculosquelettique » : concevoir et fabriquer localement chaque composant du dispositif.
« Au Venezuela, nous étions capables de faire cela. L’idée est restée dans ma tête : cela peut être réalisé ici, au sein de la faculté d’ingénierie. »
Comment fonctionne l’exosquelette ?
L’exosquelette est un dispositif porté sur le corps qui permet aux personnes souffrant de lésions médullaires ou cervicales de se lever et de marcher à l’aide d’un déambulateur. Bien qu’il ne garantisse pas une mobilité totale — les résultats variant selon la gravité et la nature des lésions — il améliore considérablement la circulation sanguine, prévient les complications liées à l’immobilité prolongée telles que les escarres ou les problèmes rénaux, et transforme profondément l’état émotionnel des patients.
« Voir le monde debout, ce n’est pas la même chose que le voir allongé ou assis. »
Sterling : chauffeur de taxi, blessé médullaire, debout à nouveau
Parmi quatre patients sélectionnés, l’équipe a choisi Sterling Pérez, 34 ans. Victime d’un accident de moto il y a trois ans, il souffre d’une lésion médullaire au niveau T7-T8. Son objectif personnel : descendre seul les escaliers de son immeuble, sans dépendre de ses voisins.
La première fois qu’il a utilisé l’exosquelette, Sterling a insisté pour se lever et marcher seul lors de la présentation publique du projet. Ce qu’il a ressenti ensuite peut se résumer en un mot : liberté.
« Ce qu’il a gagné, c’est la liberté. Ne plus dépendre de la disponibilité d’une autre personne, ni du fauteuil roulant lui-même. »
Un projet collectif, entièrement fabriqué au Venezuela
Le dispositif est le résultat d’un travail collectif réunissant des ingénieurs en mécanique et métallurgie, des tourneurs, des orthopédistes ainsi que des étudiants motivés par l’empathie — beaucoup connaissent personnellement une personne en situation de handicap.
L’équipe a également intégré l’impression 3D afin d’accélérer la fabrication des pièces, avec l’ambition de produire à grande échelle grâce à des équipements modernes.
Aujourd’hui, plus de 17 000 patients sont sur liste d’attente à l’échelle nationale. Le prochain objectif est de concevoir une prothèse sous le genou et de présenter un plan d’investissement au ministère vénézuélien des Sciences et Technologies.
Crédit image : Aldenix David Ocanto
